Nomination: le déficit de ‘’patrimoine moral’’

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L’ultimatum du Président Sall à propos du respect de l’obligation de la déclaration de patrimoine, a pris fin hier. Les assujettis n’ont qu’à se conformer au risque de devoir en subir les conséquences. Il s’agit notamment de ceux qui gèrent des fonds publics d’un peu plus d’un milliard.

Que cette obligation soit respectée par tous ou non, c’est à Macky de prendre ses responsabilités lui qui avait fixé un ultimatum.

C’est une obligation importante qui est une recommandation de la CEDEAO dont l’objectif qui saute aux yeux, est de lutter contre les enrichissements illicites ou autres actes de prévarication sociale.

Mais, là, n’est pas notre problème. Le souci est justement de s’intéresser également au patrimoine moral de l’individu au-delà même de l’enquête de moralité qui peut le concerner.

Le certificat de bonne vie et mœurs est également une bonne chose. Mais tous ces actes ne suffisent pas à jauger de la bonne moralité de la personne.

Il est important en effet que tous les actes de sa vie soient scrutés avec sérieux et sans complaisance. S’il a été épinglé par une institution de contrôle, s’il a été soupçonné d’actes graves de corruption, si sa trajectoire est faite de scandales contre des tiers, etc., il ne serait pas prudent de lui confier des postes de responsabilité.

Le patrimoine ‘’physique’’ étant l’ensemble des biens, des droits et même des obligations, celui moral renvoie aux convictions profondes de l’être et de sa trajectoire de vie.

Qui sommes-nous pour juger les autres ? Sommes-nous meilleurs ? Sans doute, non !

Mais, aspirer à gérer des fonds publics importants requiert de la part des postulants des qualités importantes. Et c’est malheureusement le déficit de ces qualités qui fait qu’ils rechignent à faire leur déclaration de patrimoine alors qu’ils savent qu’ils y sont astreints.

En effet, le Président Sall n’avait même pas à leur donner un ultimatum. Si le patrimoine moral était au rendez-vous, personne n’attendrait d’y être contraint.

Malheureusement, quand le Président lui-même demande à ces Ministres et Directeurs généraux de gagner les élections dans leurs localités pour prétendre rester à leurs postes, il foule du pied lui-même, l’exigence du patrimoine moral. La seule obligation qui tient vraiment dans nos sociétés est celle de savoir gagner des élections, c’est-à-dire de gérer une base à coup de millions.

Or, cet argent ne tombe pas du ciel. Il faut bien que cela vienne de quelque part. Et au regard de la facilité avec laquelle elle est distribué, on se dit que ce n’est pas de l’argent gagné à la sueur de son front.

Ce que nous devons faire pour s’inscrire dans la dynamique de la bonne gouvernance, c’est de régler le dilemme suivant : Cherchons-nous des cadres compétents, moralement irréprochables ou des politiques hors pair qui gagnent des élections ?

Car, malheureusement, les cadres compétents, trop souvent appelés technocrates, sont, en général, de piètres politiques. Et les bons politiciens manquent souvent de compétence.

Alors, entre ces deux, le choix est vite fait en faveur de celui qui peut aider à gagner des élections.

C’est pour cela que nos Ministères, nos Communes et nos sociétés nationales sont souvent mal gérées.

L’évidence est que ceux qui réussissent à se faire élire n’ont pas forcément les meilleurs profils.
C’est l’échec des partis politiques dans leur obligation de formation et d’encadrement des membres.

C’est l’échec du système éducatif, des institutions de contrôle dans leur ensemble et même de la Justice. Car, à n’en pas douter, certains arrivent toujours à passer par les mailles des filets.

En clair, tant que l’impératif électoral va dicter les choix de nomination, la déclaration de patrimoine ‘’physique’’ ne servira pas à grand-chose parce qu’il manquera le socle important qui est le patrimoine ‘’moral’’ dont personne ne semble se soucier.

DAKAR MATIN

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