Macky, un quinquennat en question !

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Alors que l’échéance de son programme quinquennal Pse2 prévu pour 2023 pointe à l’horizon, le président Macky Sall tarde encore à traduire en actes plusieurs de ses engagements. Sur le plan politique, sa gestion des affaires publiques reste toujours tributaire de certaines pratiques politiciennes.

Chassez le naturel, il revient au galop. Qu’on le dise ou pas, l’actuel chef de l’Etat semble centrer sa gestion des affaires publiques plus sur les slogans et autres discours politiques que sur la transformation des difficultés auxquelles les Sénégalais font face. Réélu au premier tour de l’élection présidentielle du 24 février 2019 avec 58,26% des suffrages valablement exprimés, l’actuel chef de l’Etat, Macky Sall, s’était engagé à «forger l’image d’un nouveau Sénégal par la « transformation structurelle de l’économie, l’amélioration du capital humain et de l’État de droit » grâce à son programme quinquennal, Pse2, prévu sur la période 2019-2023. Sous ce rapport, il avait ainsi annoncé plusieurs mesures dont, entre autres, un programme dénommé « Zéro déchet » visant à forger l’image d’un nouveau Sénégal, « plus propre dans ses quartiers, dans ses villages et dans ses villes » et celui d’un « Sénégal vert » dont l’objectif est de lutter contre la déforestation et la spéculation foncière pour ne citer que ces programmes-là.

Sur le plan politique, le président Sall dont la réélection a été contestée par l’opposition, notamment les quatre autres candidats qui étaient en lice avec lui lors de cette présidentielle, avait également tenu à remettre les compteurs de la contestation à zéro avec ses adversaires politiques. D’où son appel au dialogue « ouvert et constructif dans l’intérêt supérieur de la nation » pour un « nouveau contrat de confiance », lancé dans la foulée de la proclamation officielle de sa réélection par le Conseil constitutionnel. Seulement, à moins de deux années de l’échéance 2023 qu’il avait fixée comme repère de l’exécution de son programme quinquennal, Pse2, force est de constater que non seulement la plupart des mesures annoncées par l’actuel locataire du Palais de la République tardent à se concrétiser sur le terrain mais aussi que certaines pratiques contraires à son engagement de rupture dans la gouvernance des affaires publiques persistent encore, au grand dam du Sénégalais lambda.

MISE EN VEILLEUSE TENDANCIEUSE DE CERTAINS PROGRAMMES

Annoncés par le chef de l’Etat, Macky Sall lui-même dans son discours d’investiture pour son dernier quinquennat, les Programmes « Zéro déchet » et « Sénégal vert » avaient été perçus par bon nombre d’observateurs comme des initiatives phares qui pourraient transformer de façon radicale le visage du Sénégal en ce sens que leur exécution allait redonner un nouveau souffle à l’environnement sénégalais de manière générale. Seulement, il faut dire que cet espoir de voir le nouveau visage du Sénégal propre n’aura tenu que le temps d’une rose. Et pour cause, à peine lancée par le président de la République près de sa résidence privée sise à « Fenêtre Mermoz », le 4 janvier 2020 dernier, la campagne nationale de promotion de la propriété baptisée « Cleaning days» prévue tous les premiers samedis de chaque mois a été arrêtée suite aux mesures d’interdiction de rassemblement prises par les autorités dans le cadre de le lutte contre la pandémie du Coronavirus, le 2 mars 2020. Depuis lors, ce programme est rangé dans les tiroirs administratifs malgré les différentes mesures d’allégement des restrictions qui se sont succédé depuis le 12 mai.

S’agissant du programme « Sénégal vert » ou « PSE vert » qui vise à lutter contre la déforestation et la spéculation foncière, son lancement n’a toujours pas été effectué. Alors que sur le terrain, la forêt sénégalaise notamment en Casamance et dans le Sénégal oriental continue à subir le diktat des exploitants illégaux du bois. Toutefois, il faut préciser que cet abandon ou mise en veilleuse des politiques ou programmes étatiques n’est pas une première sous le magistère du président Sall. Puisqu’il en est ainsi entre autres, du programme d’autosuffisance en riz dont on n’entend plus parler, nonobstant les milliards de francs Cfa qu’il a engloutis.

LA PROMOTION DE LA BONNE GOUVERNANCE FOURVOYEE

S’il y a bien un domaine dans lequel l’actuel président de la République est attendu, c’est celui de la promotion de la bonne gouvernance. Car, malgré son engagement d’inscrire son magistère sous le sceau d’une « gestion sobre et vertueuse » en rupture avec la gestion de son prédécesseur et ex-mentor, Me Abdoulaye Wade, le président Macky Sall semble avoir du mal à imprimer ses marques sur ce terrain de la bonne gouvernance. En atteste la présence dans son entourage proche des personnalités accusées par des rapports de corps de contrôle publics de mauvaise gestion des deniers. Ces dernières ne sont pas inquiétées et continuent de vaquer librement à leurs occupations. Certaines d’entre elles, ont même fait l’objet de promotion dans le gouvernement. Il en est ainsi entre autres de l’actuel ministre des Infrastructures, des transports terrestres et du désenclavement, Mansour Faye, non moins beau-frère du président de la République.
Visé par une plainte auprès de l’Ofnac pour sa gestion jugée scandaleuse des 69 milliards de francs Cfa mis à sa disposition par l’Etat pour l’achat de kits alimentaires destinés à aider les ménages vulnérables dans le cadre du programme de résilience Force Covid-19, Mansour Faye, contre toute attente a bénéficié d’une promotion grâce à sa nomination à la tête du ministère des Infrastructures dont le budget représente près de la moitié des 4.589,15 milliards Fca arrêtés pour le budget national 2021 du Sénégal.

UNE GESTION BASEE SUR L’ECRASEMENT DE L’OPPOSITION POUR LA REDUIRE A SA PLUS SIMPLE EXPRESSION

L’actuel chef de l’Etat n’a jamais caché par ailleurs son envie de régner en seul maitre sur le Sénégal sans une opposition forte. Déjà en juillet 2016, en marge du Conseil des ministres délocalisé à Pikine, il avait ainsi exprimé son objectif de réduire l’opposition à sa plus simple expression. Aujourd’hui, bien qu’étant réélu, le président Sall est plus que jamais déterminé à déminer le champ politique par le débauchage de ses opposants. C’est ainsi qu’il a réussi à enrôler dans le camp, Idrissa Seck, président du parti Rewmi et Oumar Sarr, ex coordonnateur du Parti démocratique sénégalais lors du dernier remaniement ministériel.

Cette boulimie du pouvoir semble d’ailleurs justifier la dernière sortie du ministre des Collectivités territoriales, du Développement et de l’Aménagement des territoires, annonçant la disparition des 5 villes du pays pour laisser la place aux « départements et communes comme le stipule l’article 1 du Code général des collectivités locales ». Car, à défaut d’avoir au sein de son parti des responsables susceptibles de faire basculer démocratiquement ces agglomérations dans son camp, le président semble opter pour la voie de contournement du suffrage des citoyens pour pouvoir exercer son contrôle sur ces villes, dont Dakar en particulier.

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