L’UGB s’enfonce à nouveau dans la crise

0 52

Les étudiants ont saccagé le bureau Recteur en y déversant des eaux usées et proféré des menaces aux enseignants, déclenchant ainsi une grève nationale de 48 heures du syndicat autonome de l’Enseignement supérieur (SAES) et des mesures fortes de l’Assemblée de l’université. Retour sur les ingrédients d’un cocktail explosif d’une université qui s’enfonce dans la crise.

L’université Gaston Berger de Saint-Louis ne semble toujours pas être à l’abri des violences. Alors qu’on n’a pas encore fini de clôturer le chapitre sur la mort de l’étudiant Fallou Sène que des violences ont été enregistrées mercredi dernier dans cette université dite d’excellence qui avait ouvert ses portes un 17 décembre 1990. La mort du jeune étudiant de la section Français de l’Unité de formation et de recherche (Ufr) des Lettres a été l’élément déclencheur d’une université qui avait déjà commencé à agoniser. Sanar commençait à prendre des proportions inquiétantes avec l’évolution des effectifs des étudiants, loin des capacités d’accueil de l’institution. En effet, c’est en en 2013 que le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche avait orienté 3000 étudiants, soit une augmentation de 39% en une année sans aucune mesure d’accompagnement. Un boom démographique qui frappe de plein fouet l’université qui a toujours connu une évolution des effectifs en dent de scie. De 998 étudiants en 1992 à 6957 étudiants en 2013 ; soit une croissance annuelle de 8,39%.

Ainsi, l’Ugb commence à connaître les traditionnels problèmes de l’université de Dakar : effectifs pléthoriques, problème de logements, d’infrastructures et de taux d’encadrement. Les efforts fournis pour renforcer l’offre académique et le campus social n’étaient pas à la hauteur d’un bon environnement de travail. Nous pouvons lire dans un document de la direction de la scolarité avec les services pédagogiques des Ufr d’avril 2016 que l’Ugb passe de 4 Ufr en 1990 à 8 en 2015, 4 centres de documentation en 1990 contre 8 en 2015. Les villages universitaires sont au nombre de 14 en 2015, 3548 lits en 2015, 2300 places en terme de capacité d’accueil des restaurants et enfin 4 amphithéâtres en 2015 et 1 auditorium. Ces chantiers aboutis sont loin de pouvoir prendre en charge adéquatement les 14 000 étudiants. Cette massification incontrôlée des effectifs conduit souvent à créer des foyers de tension.

Au-delà de la question de responsabilité des acteurs du Recteur d’alors, de la Gendarmerie, la mort de Fallou Sene peut être logée dans ce carcan, en plus du retard des bourses que les étudiants n’ont jamais d’ailleurs connu. Suite à cette perte en vie humaine, l’UGB était livrée à elle-même, sans administration fonctionnelle, un rectorat réduit en cendres, le service pédagogique et autres Ufr complétement saccagés, des ordinateurs et autres matériels bureautiques emportés. 30 ans d’archives partent en fumée, obligeant le chef de l’Etat à prendre des mesures drastiques pour améliorer l’enseignement supérieur. Il s’agit, entre autres mesures, la question de l’assainissement et eau potable suffisante dans tous les campus; réparation des sur-presseurs et autres équipements hydrauliques. Pour ce qui est du dossier de Fallou Sène, Macky Sall avait alors déclaré : «la justice suit son cours». Voici deux points dont la matérialisation est sujette à discussion qui motivent le mouvement de la coordination des étudiants de Saint Louis (Cesl).

Les étudiants ont fait irruption dans le bureau du Recteur pour y déverser des eaux usées en proférant des menaces de mort et des injures à l’encontre de ce dernier. Les enseignants n’ont pas été épargnés par le courroux des étudiants. Un autre groupe d’étudiants, sous prétexte de vouloir sortir leurs camarades d’une salle de classe, s’en est pris physiquement à un camarade enseignant. Ces actes posés par des étudiants ont déclenché une grève de 48 heures décrétée par le syndicat autonome de l’Enseignement supérieur appelant à tous les militants de toutes les universités publiques, à suspendre les activités pédagogiques et administratives. En se prononçant sur la situation, l’assemblée de l’université (Au) a sorti une résolution pour demander la traduction devant le Conseil de discipline des étudiants identifiés et invite par ailleurs, le Recteur à déposer une plainte auprès du Procureur de la République pour les agressions subies et les menaces proférées contre sa personne et des dégradations commises sur les biens de l’université.

 Ainsi, les étudiants responsables risquent gros. L’AU autorise le Recteur de l’UGB à faire intervenir les forces de l’ordre en cas de besoin au sein de l’espace universitaire conformément aux dispositions de la loi 94 74 du 24 novembre 1994 relatives aux franchises et libertés universitaires et l’Etat à prendre toutes les dispositions pour assurer la sécurité des biens et des personnes de l’Ugb. Pendant que les enseignants du supérieur sont déterminés à ne pas prendre les enseignements tant que leur sécurité n’est pas assurée, l’université fait toujours face à l’équation de boucler le calendrier académique 2017/2018.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.