«L’ennemi numéro 1 du Sénégal pour la riposte contre le covid-19, c’est la désobéissance civile»

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Interrogé sur la raison qui fait que certains sénégalais refusent de se conformer à la loi après le non-respect de la mesure malgré le couvre-feu décrété par le Président de la République, Macky Sall pour endiguer la propagation du covid-19, le psychosociologue Aly Khoudia Diaw explique cela par un manque de sensibilisation et une inconscience de certains. Selon lui, la «catastrophe nationale pour le Sénégal et l’ennemi numéro un, c’est la désobéissance civile».
 
Certains sénégalais n’ont pas respecté la mesure malgré le couvre-feu décrété par le Président de la République. Comment expliquez-vous même devant un ennemi comme le covid-19 ?

Je pense qu’il y’a d’abord un manque de sensibilisation et de communication pour expliquer à la jeune génération ce que c’est un couvre- feu. Il est évident que beaucoup d’entre eux ne le savent pas. Ensuite, les sénégalais pour leur écrasante majorité sont insouciants et se sentent totalement non concernées par la chose publique, surtout lorsqu’elle vient de l’état. Pour la plupart des cas, ça n’arrive qu’aux autres. Puis, les jeunes sénégalais, la jeunesse de manière générale, n’ont pas suffisamment développé des compétences de vie pour être en mesure de bien jugés la mesure des choses, de comprendre les enjeux de cette épidémie et d’agir en conséquence. Pour tous, c’est à la mode «boulfalé», jusqu’à ce que maintenant les morts commencent à s’entasser. C’est pourquoi, ils ne respectent aucune consigne et semblent ne pas s’intéresser au couvre-feu. Jusqu’à présent, les jeunes des quartiers populaires continuent de s’asseoir en groupe, de jouer au football, de partager le même verre de thé, de se passer le même joint et même de se serrer la main. C’est une question de sous culture dont l’endémie comportementale prendra des siècles pour se transformer. C’est de l’indiscipline, doublée d’une absence de jugement et de respect des normes et mesures administratives qui expliquent le non-respect par certains sénégalais du couvre-feu.
 
Vendredi dernier également, certains sénégalais n’ont pas respecté la mesure concernant la fermeture des mosquées. Quels sont les rapports entre les sénégalais et la loi ?
 
En temps normal, les lois du Sénégal sont respectées mais il y’a toujours des exceptions à la règle. L’homo sénégalensis est un humanoïde avec plusieurs référentiels (citoyenneté et bureaucratie, référentiel religieux, référentiel articulé autour du bon sens,). La catastrophe nationale pour le Sénégal et l’ennemi numéro un, c’est la désobéissance civile. Et c’est ce qui s’est passé le vendredi. C’est  un acte que personne ne peut qualifier. Personne n’a le monopole de la religion. En Guinée en 2014, les imams ont payé un  lourd tribut face à l’épidémie Ebola car dans un premier temps, ils ne voulaient nous suivre dans nos séances de sensibilisation. Ils n’y croyaient pas. Après deux mois à virus Ebola et l’enterrement des imams et leurs «nayimes», le reste est devenu plus réceptifs. Ce n’est pas une question de religion, de croyances ou de non croyances, il s’agit juste de comprendre que ce virus n’épargne personne et le meilleur moyen de le vaincre c’est de l’isoler en refusant les regroupements. Cette épidémie est temporaire si l’on prend la peine de le vivre sereinement. Ceux qui ont défié la loi sont une minorité qui ne reconnaisse pas l’autorité de l’Etat en matière de religion car cette compétence est transférée aux khalifes et autres guides religieux. La majorité des sénégalais ne défie pas la loi et le comportement d’une minorité ne peut pas être érigé en règle générale. Seulement le mal est déjà fait et les conséquences apparaitront dans deux semaines et en ce moment tout le monde saura les directions à pointer.
 
Quelles conséquences pour le pays si les populations continuent à enfreindre les lois et que doit-on faire pour faire respecter les mesures?
 

Il faut souhaiter que l’on n’en arrive pas là car, si tel était le cas, la répression sera  très dure et pourrait conduire à un état de siège. Cela veut dire que si les choses empirent, on passera de l’état d’urgence à l’état de siège et en ce moment les décisions civiles seront rayées de la défense stratégique et l’armée sera seul maitre à bord. Il faut que les gens comprennent qu’aussi bien au niveau du sommet de l’Etat qu’au niveau de tous les sectoriels engagés dans cette guerre, plus personne ne rigole. Hier (mardi, Ndlr), on a vu des scènes de bastonnades avec la Police, il faut savoir qu’aucun policier ne sera sanctionné pour avoir agi en état d’urgence pour des cas de bastonnade. Et c’est de la fumisterie que de s’égosier dans les plateaux radios et télé alors qu’on a aucune maitrise de ce que l’on dit. On n’a jamais eu sous les yeux un papier officiel de la République du Sénégal, on est dans aucune structure administrative. C’est trop facile ce qui se passe dans nos télévisions et cette attitude est déplorable. Il faut oser dire la vérité aux Sénégalais. C’est la vie de la Nation qui est en cause, si on laisse cette épidémie prendre le dessus sur nous. Cette culture de la promotion de la sous culture et de la sous citoyenneté doit cesser et faire place à un discours responsable. Quand quelqu’un se plaint parce qu’il a été frappé, il faut lui reconnaitre que personne n’a le droit de le frapper mais ensuite il faut lui faire comprendre qu’il est fautif et qu’à l’avenir il doit respecter les décisions de l’Etat car, c’est pour le protéger lui et même ainsi que tous les autres, c’est ça un discours responsable. Ce sont les mêmes recommandations habituelles que je formule, être propre et sauvegarder la propreté de la maison, retenir les enfants et être confiné, demander de l’aide à la direction générale de l’action sociale si possible pour ceux qui sont confinés et ne peuvent aller au travail, éviter d’être en groupe, de partager les mêmes verres de thé, javelliser toujours portes, loquets et surfaces, etc.
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sud quotidien

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