COUPLAGE DES LOCALES ET DES LEGISLATIVES C’est encore le flou

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L’idée du couplage des élections locales et celles législatives serait en gestation au plus haut sommet de l’Etat dans le but de soulager les caisses de l’Etat, fortement impactées par la pandémie de la Covid-19. Cependant, des experts électoraux sont unanimes qu’un tel assemblage des deux types d’élections ne serait pas de tout repos pour l’administration qui serait obligée d’installer 3 urnes dans les bureaux de vote, mais aussi cela pourrait créer un flou politique pour les populations et même pour les acteurs politiques.
 
L’information fait son petit bonhomme de chemin. Le président de la République, Macky Sall, serait tenté, mieux aurait même décidé, de coupler les prochaines élections locales et législatives et qu’il serait en train d’attendre le retour à la normale et la reprise du dialogue politique pour soumettre ladite proposition à la Commission nationale du dialogue politique. Une telle idée serait motivée par les conséquences économiques de la crise sanitaire qui rendraient impossible financièrement l’organisation d’élections locales, actuellement.

LE PRINCIPE DU RESPECT DU CALENDRIER ELECTORAL

Toutefois, l’idée du couplage des deux élections pose un certain nombre de problèmes, qu’ils soient techniques ou politiques, selon les experts contactés par la rédaction de Sud quotidien. Le Directeur exécutif de l’Ong 3D, Moundiaye Cissé et Ababacar Fall, Secrétaire général du Groupe de recherche et d’appui conseil pour la démocratie participative et la bonne gouvernance (Gradec) posent d’emblée le principe du respect du calendrier républicain. En effet, M. Cissé pense que «reporter les élections locales serait un report de trop. On a les moyens de l’organiser en mars 2021, tout au plus courant 2021». Il reste persuadé que si le parrainage est supprimé, il sera possible d’organiser les élections locales en mars 2021. Cependant, «si on garde le parrainage, il faut augmenter 3 mois car tout le processus du parrainage, c’est 85 jours», fait-il savoir. Même son de cloche du côté de M. Fall qui rappelle que si le premier et le deuxième report ont pu s’expliquer, il n’en sera pas de même pour un troisième report. Pour cause, il explique que le dialogue politique interrompu à la suite de la crise sanitaire peut bel et bien reprendre dans la mesure où il y a les mesures d’assouplissement consécutives à la levée de l’Etat d’urgence. Ainsi donc, il pense que «les conditions sont réunies pour la poursuite du dialogue politique et des deux opérations que constituent l’audit du fichier et l’évaluation du processus électoral afin que la date-butoir du 30 mars puisse être respectée ou à défaut être légèrement décalée de 2 à 3 mois».

DES PROBLEMES TECHNIQUES A NE PAS ELUDER

 Les deux spécialistes des questions électorales ont, en outre, soulevé des problèmes techniques qu’il ne faut surtout pas éluder. Ils font savoir que dans le cadre du couplage des élections, il faudra trois urnes dans chaque bureau de vote pour les trois scrutins ; une pour le département, une pour les communes et une pour les législatives. Ce qui allongerait, selon eux, considérablement le temps de vote. Quid de la confection des bulletins de vote ainsi que de leur disposition qui pourrait également créer des difficultés réelles pour la majorité des électeurs ? A cela s’ajoute la question du parrainage qui constitue également une difficulté et non des moindres au regard des dispositions actuelles de la loi électorale. A ne pas perdre de vue que les acteurs au dialogue politique avaient décidé d’introduire une nouveauté pour le vote des maires à l’élection uninominale, c’est-à-dire l’élection du maire au suffrage universel directe. Ce qui voudrait dire que ces élections vont être complexes, si toutefois, le couplage est acté.


LE FLOU POLITIQUE DU COUPLAGE DES LOCALES ET LEGISLATIVES

Nos deux experts électoraux ont, par ailleurs, relevé des problèmes politiques. Le Directeur exécutif de l’Ong 3D, M. Cissé trouve que le couplage de deux élections aussi différentes que les locales et les législatives créerait un «flou». A son avis, «on ne saura pas qui veut être député, qui veut être maire surtout avec cette nouvelle donne d’élection uninominale des maires». Les mêmes remarques sont faites par Ababacar Fall du Gradec qui estime que la plus sérieuse difficulté résidera dans les stratégies d’alliances électorales des différents acteurs politiques. En effet, il est d’avis que «la nature des deux élections n’étant pas la même, les objectifs et les enjeux non plus, il sera difficile à une pluralité de partis, pour des raisons de cohérence, de conclure une alliance au niveau national sur les listes de députés et de se combattre au niveau local ou les stratégies d’alliance ne sont pas les mêmes, compte tenu des réalités et vice-versa». Poursuivant sur les difficultés politiques, M. Fall et M. Cissé feront remarquer que la campagne électorale pour les deux types d’élections se tenant au même moment, il y a un risque de cacophonie réel dans le discours des uns et des autres. Pour toutes ces raisons non exhaustives, les deux experts restent persuadés qu’il serait mieux d’organiser ces deux élections de façon séparée tout en respectant autant que possible le calendrier électoral. Cela, selon eux, pour ne pas dévoyer le suffrage et la volonté des citoyens d’autant plus que le mandat des équipes départementales et municipales est épuisé depuis belle lurette.
Jean Michel DIATTA

Source Sudonline

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