Contribution – Criminalité grandissante au Sénégal : tous au banc des accusés!

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Ces derniers temps, les cas de meurtre avec préméditation atteignent des proportions hallucinantes au Sénégal. Le massacre de Boffa en Casamance, janvier dernier, demeure toujours dans les mémoires collectives, en février celui du môme, étêté, à Touba et l’épisode des rapts des enfants, en mars, ont fini d’installer une paranoïa et un trauma profond dans l’esprit des parents sénégalais. Cette recrudescence de la criminalité est plus exacerbée à Dakar, dernièrement. Ainsi nous constatons avec amertume, une série de tueries terribles notamment dans la banlieue. Apres l’assassinat inouïe de la conseillère à la (CESE), en 2016, du taximan abattu de sang-froid par son client dans la même année, en passant par le mort assez récente du douanier dans des circonstances qui n’ont pas encore écartés la thèse de meurtre, place maintenant à l’avènement de crimes isolés précédés de viols ou d’agressions, ou simplement passionnels, les uns plus atroces que les autres, dans les agglomérations périphériques de la capitale. Et pas plus tard qu’hier un agent se faisait percer la gage thoracique à coup de coupe-coupe à Keur Massar et serait en train de lutter avec la mort selon la RFM.

Du jamais vue dans l’histoire du Sénégal où, il y a de cela moins de 30 ans, un seul cas de meurtre  était une chose inédite. Maintenant, les gens tombent comme des mouches pour un rien.

Les causes sont multiples et les responsabilités partagées. Il est difficile de dresser de manière exhaustive la liste de cette tragédie sociale. Mais il est aisément soutenable que ; la pauvreté, les inégalités sociales, le chômage, la boulimie du pouvoir, le culte de l’argent facile et vite, la désintégration des valeurs religieuses et culturelles, la crise d’autorité, les feed-back des images violentes dans les medias, l’internet incontrôlé, constituent entre autres les soubassements de cette situation calamiteuse.

La situation devient plus que jamais inquiétante et interpelle tous les acteurs de la société sans exception.

L’état est le premier interpelé, à juste titre, face à impunité et le laxisme dans l’application mesure et des peines constituent des facteurs qui ne découragent pas les délinquants. A cela s’ajoute le sous-effectif et le sous-équipement  des forces de sécurité limitant leur marge d’intervention surtout dans la banlieue de Dakar devenant de plus en plus surpeuplée

Les collectivités locales ont également leur part de responsabilité dans la situation les rues mal-éclairées font parties des facteurs favorisants les agressions nocturnes

Les communautés ne jouent plus le rôle de veille sur les jeunes surtout en matière d’assistance et de conseil ou même de secours en cas de conflits ou comportements déviants, violents, physiquement ou verbalement. En effet, la plupart des gens adoptent une attitude à la limite lâche devant un bagarre ou une agression pour ne pas intervenir, prétextant que « c’est tous des délinquants, ils se connaissent »

Les parents, s’ils ne démissionnent pas dans l’éducation des leurs progénitures, ne trouvent plus le temps nécessaire de s’en occuper car étant en éternel recherche de pitance ou parfois d’un simple meilleur être.

Les médias sont également impliqués dans ce formatage des populations en banalisant la violence dans les télévisions via certains films, mais aussi certains sites internet à travers des images, vidéos et des scènes violentes prétextant relayer des informations alors qu’ils ne cherchent que le « buzz », le profit.

Aussi, les acteurs culturels, à travers les séries télévisées ne promeuvent plus que le paraitre, cautionnant l’adoption des modèles matérialistes et pire, véhiculant d’ignobles et fallacieux  moyens d’enrichissement, qui finissent par inculquer à la masse l’amour profonde de l’argent facile, la menant ainsi vers une vile ruée vers la fortune peu importe le prix.

Et enfin les politiques à travers leurs actions, leurs rivalités déloyales la plupart du temps, leurs discours incendiaires… influencent certains militants qui se livrent à des actes frisant le vandalisme à travers des manifestations non autorisées, des injures et invectives dans l’espace publique, sans compter les dérives dans les réseaux sociaux.

La classe religieuse, régulatrice sociale de jadis, maintenant comparable à « la grande muette » a également sa part de responsabilité dans cette dérive collective engendrée par la crise profonde des valeurs et vertus enseignées par nos religions révélées.

Pour résorber ce fléau qui commence à installer une atmosphère d’instabilité, il faut, au préalable, que chaque acteur de la société fasse une introspection sérieuse et voire sa responsabilité face à la situation qui n’augure rien de bon en veille des échéances électorales de 2019.

Aussi bien l’Etat, les collectivités locales et territoriales, les communautés, les acteurs politiques de toute sensibilité, la société civile, les organisations de droits de l’homme, les guides religieux, les familles etc. doivent tous combiner leurs volontés et efforts pour juguler le phénomène.

Il est important, en mesure urgente ou conjoncturelle, de renforcer les effectifs et équiper lourdement police et la gendarmerie surtout en véhicules de patrouille et d’intervention et mener des opérations d’envergure de démentiellement des réseaux de malfrats. Mais nous estimons que pour redresser la pente il faut travailler en amont pour couper le mal à la racine, c’est à dire la prévention.

De prime abord, l’extrême pauvreté et l’exclusion sociale doivent définitivement être éradiquées. En finir avec l’impunité en alourdissant les peines criminelles ou même rétablir la peine de mort pour mesure dissuasive. Lutter également contre la prolifération des armes blanches et de petits calibres et augmenter les postes de police et de gendarmeries dans les zones de la banlieue où il y a une forte concentration de populations.

Tous les pouvoirs publics, locaux comme étatiques doivent s’engager dans une  lutte farouchement contre le chômage qui place les jeunes dans des situations de vulnérabilité et de susceptibilité telles certains d’entre eux pourraient être enclin à adopter des moyens peu orthodoxes pour survivre.

Egalement, les autorités étatiques doivent augmenter les dotations budgétaires des collectivités locales afin que ces dernières puissent faire de la fonction publiques locales une réalité pour d’une part, baisser le taux de chômage dans leurs circonscriptions respectives et d’autre part d’avoir les moyens d’éclairer correctement toutes les rues.

Mieux, des comités locaux de veille et doivent être institués dans tous les quartiers en partenariat avec les mairies, l’agence d’assistance de la sécurité de proximité (AASP), des associations sportives et culturelles (ASC), des organisations communautaires de base(OCB) des médiateurs communautaires, des sous-préfectures, des forces de l’ordre et de sécurité et des conseils de quartier, dans le but d’installer des commissions de vigilance et de prévention. La commission de vigilance sera essentiellement constituée de jeunes issus des quartiers, d’agent de sécurité de proximité, qui joueront le rôle de veille et d’alerte, d’indication et de dénonciation en collaboration avec la place et la gendarmerie du coin. La sous-commission de prévention sera constituée des délégués et notables des quartiers assistés des médiateurs communautaires qui auront pour missions de sensibiliser les jeunes pour prévenir la délinquance, de gérer et de prévenir les conflits, sources de violence.

Mettre en place des mécanismes de financement sérieux supportés aussi bien par les pouvoirs publiques locaux comme étatiques en partenariat avec les partenaires techniques et financiers et les organisations humanitaires. Accompagner les jeunes désœuvrés avec l’aides des travailleurs sociaux communautaires en les regroupant dans des OCB comme les associations et GIE… les initier dans la conception et la réalisation de microprojets afin qu’ils aient d’autre alternatives et un espoir de s’en sortir. En effet, sans espoir de stabilité économique des couches exclus, ce serait illusoire de prétendre éliminer les agressions-vols, car il faut le dire les auteurs de ces atrocités, dernièrement, sont bien des compatriotes.

Les acteurs politiques aussi bien du pouvoir que de l’opposition ont le devoir de retenus dans leurs sorties médiatiques et d’autres instances publiques telle que l’assemblée nationale en tenant des jeunes qui voient en eux des modèles ,de l’influence de leurs actes et discours militants et sympathisants , car il y va de la stabilité.

Enfin un retour aux valeurs et vertus intrinsèques à notre nation est indispensable pour prévenir d’autres ignominies. Cela passera irrémédiablement par l’implication des leaders culturels et religieux car les rappels d’Eid (Korité et Tabaski) et de Pâques ne suffisent plus face cette situation désastreuse qui ne cessent de prendre d’ampleur. Des sorties, communiqués et sermons périodiques destines à rappeler à l’ordre les fidèles et les disciples, seraient plus appropriés dans ce contexte alarmante car dit-on le rappel est bénéfique.

L’heure est grave ! Et si ces mesures préventives ne sont pas appliquées de manière hardie et durable le pire est à craindre car ce phénomène ne présage  malheureusement pas un épilogue de sitôt.

 

 

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